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Randonnée à Oum Settas, 2ème sanctuaire de la biodiversité de Constantine

Vendredi 3 septembre 2010

Quelle coïncidence, en ce jour du 16 avril 2010, journée de « Youm El Ilm », nous voilà sur le chemin de la découverte de ce grand massif montagneux « Oum Settas », que l’on arrive à dominer que par les photos satellitaires, que les mines des carrières essaient de détruire de tout part, sur toute sa périphérie et même en plein dans ses entrailles ?

Donc le vendredi 16 avril, alors que la ville de Constantine et sa région dormaient avec ses habitants, à trois, l’un de la périphérie de Hamma Bouziane, Aïssa Moukhtari notre horticulteur, le deuxième du Gamasse, Aïssa Filali le forestier et Abdelouahab Karaali le vétéran du groupe se rencontrent de bon matin, soit à 7h00 à la nouvelle gare routière du Khroub. Un taxi et nous voilà une demi-heure plus tard à l’entrée de l’agglomération de Benbadis.

De là, plus de véhicule, plus de route goudronnée insistent notre forestier et Abdelouahab. Notre horticulteur et paysagiste, après une mise au point, nous trace notre chemin vers le djebel d’Oum Settas. Pour cela, nous devons contourner le Centre d’enfouissement technique (CET), dont le premier casier achevé, commence à recevoir les déchets de Constantine et certainement d’autres localités !

La partie supérieure de cet équipement n’étant pas encore entièrement clôturée, ne permet pas d’isoler pour le moment, la faune domestique et non domestique des déchets. En espérant que cette contrainte dommageable pour la faune soit réglée, pour préserver le milieu de cette contrainte des temps modernes, qui tend à se généraliser à travers le pays, où même la cigogne blanche y vient, pour se nourrir et entache sa robe blanche de noirceur…

Sur le parcours, équipé d’appareils photos…nous prenons diverses photos sur le milieu, les paysages, les plantes…aucun indice intéressant n’est délaissé. Des échanges d’informations utiles se font entre les éléments du groupe (appellation de plantes dans la localité, phytothérapie, désignation des sites traversés…). Beaucoup d’informations à assimiler en peu de temps. On est débordé par la quantité de données sur ce milieu naturel, de son histoire…Mais, nous faisons un effort pour assimiler l’essentiel de ce que nous nous transmettons mutuellement.

A l’entrée d’une vallée, nous voilà arrivés sur les terres de la famille maternelle de Aïssa, en dessous d’une crête. La première chose que l’on voit est un jardin clôturé avec des arbres fruitiers, fèves, petits pois…et un point d’eau avec un tuyau en plastique qui alimente plus loin les maisons des parents de Aïssa.

Pendant que nous nous désaltérons Aïssa le forestier et moi, avec un moment de repos, notre benjamin alla rendre visite à sa famille. Au loin, une meute de chiens aboie avec la présence d’un jeune. Notre forestier, profitant de cette pose méritée, continua à découvrir ce milieu et à prendre des photos, surtout, sur les fleurs qui s’épanouissent en cette période printanière au piémont du djebel d’Oum Settas.

Après une brève absence, Aïssa nous rejoint et nous informa que les chiens de la mechta ont mis à mort un chacal, de bonne heure le matin. Il appela son cousin, qui était en compagnie des canidés et il nous montra le cadavre éventré du chacal. Au ciel, les grands corbeaux (Corvus corax) tournoyaient et attendaient notre départ, pour continuer à festoyer de ce cadavre, encore plein de sang.

A partir de ce moment, les choses sérieuses commençaient pour nous. Maintenant, on s’attelait à une vraie ascension de nos montagnes d’Algérie. Cette journée était légèrement froide et humide avec un brouillard dense dans le massif, dans sa partie nord. Les reliefs de substrat calcaire étaient pittoresques par leurs formes, leurs couleurs, la végétation qui s’agrippait par endroit à la paroi.

Des caractéristiques du site, on est dans le fief des rapaces et charognards. Pour le vautour fauve (Gyps fulvus) qui était très présent dans la région, il est devenu rare depuis le transfert des déchets de Constantine dans la région de Benbadis, qui a vu la naissance d’un grand dépotoir, qui a porté un coup certain à ce site exceptionnel, qu’il faudra maintenant réhabiliter avec la mise en exploitation du CET.

Pour la flore, c’est l’aire du chêne vert en association avec l’aubépine. Par contre au djebel Zouaoui, commun à Ibn Ziad et Aïn Smara, c’est l’aire du chêne vert également en association avec le genévrier oxycèdre. Sur tout notre parcours, on a relevé que deux (02) jeunes sujets de moins de 1 mètre de cette dernière espèce. Une énigme à élucider et l’exploration d’Oum Settas ne fait que débuter, puisque c’est notre première sortie dans ce site imprenable, par sa masse imposante.

A notre ascension, la grande falaise était à notre gauche, envahie donc par un brouillard très dense. Delà, pour atteindre notre objectif, à savoir la traversée en partie du massif dans son axe nord-sud, nous nous sommes éloignés de la barrière et nous prîmes le cheminement vers la droite, le versant qui surplombe et domine l’axe routier El Khroub–Benbadis et les premières carrières de ce massif sur cette commune.

De belles vues sue la ville de Benbadis, la retenue collinaire et même sur Constantine, avec un horizon légèrement brumeux, une visibilité moindre. Sur notre itinéraire, toutes les cavités étaient passées au peigne fin, même le passage de certains animaux était relevés grâce à la maîtrise de l’étude des traces et de la manière que la terre a été retournée à la recherche de tubercule, racines, parties utiles de plantes pour se nourrir, par notre horticulteur. Cette région lui est très familière et nous relate ses sorties dans ces lieux pendant sa tendre jeunesse.

A 11h30, c’est la pause déjeuner, sur un rocher qui domine la carrière de Benbraham et l’ex-asile de vieillard de Benbadis… Alors, qu’on commençait à faire nos casses croûtes à base de fromage et de cachir, à notre gauche sur la ligne de crête rocheuse, à moins de 500 mètres de nous, un chacal nous épiait pendant une partie de temps qu’aura duré notre repas. Au ciel également, un beau spectacle puisque un couple de Milan Royal (H’daya) faisait une démonstration de leur maîtrise des airs. Sur les axes routiers, la circulation était presque à l’arrêt en cette mi-journée de vendredi, jour de repos et de prière. Même les carrières faisaient une trêve à cette partie de la journée.

A notre départ de ce lieu, ne restait de traces de notre passage, que la mie et morceaux de pain qu’on a laissés à notre aimable visiteur du jour ou peut être pour les grands oiseaux qui faisaient la parade dans le ciel.

A partir de ce lieu également, la végétation ligneuse commençait à se raréfier. Ce plateau est une zone de parcours à base de plantes annuelles (graminées et autres), très caillouteux, avec affleurements rocheux, où il est difficile de marcher. A chaque instant, on peut tomber et se fracturer. C’est ce qui caractérise toute cette traversée. Plus loin, en altitude, la végétation reprenait ses droits. De cette station, on avait une vue sur la région de Bounouara et de sa région ainsi que d’une grande carrière au pied d’un petit massif dénudé, qui n’est pas visible par l’axe routier El Khroub- Aïn Abid.

Sur cette zone également, c’est un lieu d’histoire livré à l’abandon et à la destruction. En effet, les dolmens sont vandalisés par la fouille des tombes et la détérioration de ces monuments mythiques. Rares sont les dolmens qui sont encore en bon état et si rien n’est fait, il ne restera plus que des tas de grosses pierres.

Il est 3h30, le groupe commence à patiner surtout pour notre forestier. Il s’est cogné à un rocher ou a reçu une épine profonde au niveau d’un membre inférieur et la marche pour lui, devient pénible.

En progressant, nous entamâmes une pente et la végétation était devenue plus dense et plus variée. Tout le groupe fût attiré par la présence d’un couple de Huppe fasciée (Upupa epops) qui est signalé comme oiseau migrateur et qui vient en Algérie pour se reproduire. De cette partie luxuriante et afin de commencer à trouver un chemin de sortie de ce grand massif constantinois, nous nous approchâmes du versant qui domine la route El Khroub. Et delà, nous commençâmes à descendre ce versant abrupt, avec une multitude de carrières à l’aval.

Péniblement, on se frayait notre chemin dans cette rocaille et végétation sauvage quand notre regard fût attiré une seconde fois par de grands oiseaux, qui dominaient les cieux. Il s’agit de plusieurs couples de Vautour percnoptère (Neophron percnopterus) titillés par le Faucon crécerelle (Falco tinnunculus). Là, il doit s’agir du territoire de nidification de ces charognards, à proximité de l’assiette de concession de carrière, délimitée par de grands fûts. Donc, à moyen terme cet habitat sera détruit par l’exploitation de la carrière. L’espace de nos rapaces se réduit et la pollution du milieu influent directement sur ces espèces, qui sont au sommet de la chaîne alimentaire, par leur diminution et même disparition à court et moyen terme, si ces habitats ne sont pas protégés par la loi.

Au bas du talus, nous débouchâmes sur l’une des carrières, qui ne font que ceinturer ce grand massif. Depuis, un certain temps, les concessions pleuvent à un rythme accéléré et ce milieu ne devient que détonation et poussière. Même un figuier, qui n’a pas perdu son feuillage, ses feuilles sont recouvertes par une carapace formée de poussières de roche. Les alentours des concasseurs sont jonchés par une épaisse couche de poussière très fine. Elle doit être très nocive pour les travailleurs dépourvus de protection adéquate. (Voir le drame des tailleurs de pierres de T’kout dans la wilaya de Batna).

A la sortie des carrières, une source imposante à fort débit, sous l’ombrage d’un grand platane majestueux, avec un grand port. On profite pour se rafraîchir et remplir nos bouteilles en plastique qu’on ramène avec nous à la maison, pour échapper un moment de l’eau de la ville. Maintenant, en Algérie, les gens pour l’eau de boisson, il préfère s’alimenter au niveau des sources de leur région pour diverses raisons…

La sortie étant terminée, le calvaire pour rentrer à Constantine a commencé. On est vendredi et il est 17h00 de l’après-midi, devant une station de bus sur l’axe routier Benbadis-El Khroub, et le ciel est voilé de nuages denses et noires, une averse importante peut tomber d’un moment à l’autre. Aussi, à chaque vue d’un véhicule, on essaie de faire de l’auto-stop. Il a fallu, au moins une durée d’une demi-heure d’attente, pour qu’un jeune seul dans son véhicule, s’arrête et nous prend avec lui jusqu’à El Khroub.

Arrivé à l’agglomération, de l’un des grands souks d’Algérie, la pluie, une forte averse commença à tomber. Avant d’arriver à dénicher un café, on était déjà trompé. On était tout mouillé lorsqu’on est rentré dans un établissement. Café, limonade, gâteaux, chacun selon ses goûts et habitudes et on reprit le calvaire du retour.

Sur la rue principale, à la sortie de la ville, on commença de nouveau à faire de l’auto-stop, car au niveau de la station de bus proche, il n’y avait plus de départ sur Constantine, malgré la présence d’une foule importante, point de service public. La pluie continuait à tomber par intermittence et on était mouillé. Lorsqu’on commença à se lamenter, une connaissance de notre horticulteur s’arrêta et il nous prit avec lui vers la ville du Vieux Rocher

Tout le groupe était content après une journée bien remplie dans le massif d’Oum Settas. Cette sortie et ce compte rendu sont des messages aux parties concernées, pour une meilleure maîtrise du terrain, à savoir protection de nos ressources naturelles et développement. D’après de ce que nous avons pu observé sur le terrain, avec une meilleure connaissance des différents composants du massif, il est possible de dégager des sites exclusivement pour les concessions des carrières d’agrégats, qui sont déjà nombreuses qu’il faudra optimiser leur rendement et le processus d’extraction pour diminuer les nuisances et sauvegarder également ce grand sanctuaire de la biodiversité de la région de Constantine au même titre que le site de djebel Zouaoui et sa région.

De cette approche citoyenne et responsable, notre wilaya sortira grandi, dans la bataille du progrès et de la préservation des ressources primaires pour les générations futures, qui ne seront plus de simples slogans de salon, mais une réalité sur le terrain décelable par tous.

Contribution citoyenne par Abdelouahab Karaali
Association « El Mebdoue » pour l’environnement d’Ibn Ziad
Fait à Constantine le 16 avril 2010


Un peuplement de chêne vert bien venant de plus de 5 mètres de hauteur, dans le brouillard du massif d’Oum Settas.


Une vue sur le versant qui donne sur la route El Khroub – Benbadis. Une richesse de ce milieu, malheureusement menacé par une multitude de carrières dans ses piémonts, le ceinturant de plus en plus, pour l’étrangler à jamais.


Oum Settas et son environnement, un sanctuaire au milieu des terres agricoles et de belles vues sur toute la région.


Une carrière bien implantée, dans une portion du massif sans valeur écologique et loin des habitations et voies de circulation. Ce qui n’est pas le cas pour la majorité des carrières implantées sur les communes de Aïn Abid et Benbadis.


Un dolmen encore en bon état qui n’échappera pas pour longtemps à la bêtise humaine dans sa destruction et disparition avec la perte de l’histoire de la région de Bounouara (Commune d’Ouled Rahmoun).