Smaïn Benghersallah, le récupérateur de Bekira

En ce jour du 29 octobre 2009, je me suis déplacé sur le territoire de la commune de Aïn Smara, pour m’entretenir avec M. Benghersallah Smaïn, jeune récupérateur de 39 ans, installé en bordure de l’oued Rhummel, sur un terrain loué à un particulier, à proximité de la décharge contrôlée de Constantine (13e km route de Sétif).

En effet, l’idée de faire son métier émane de son père Brahim. En 1984 déjà, son père avait constitué un dossier pour la création d’une petite entreprise de récupération au niveau de la commune de Aïn Yagout, wilaya de Batna, sans suite favorable, puisque cette filière était peu développée par l’administration algérienne et ne faisait l’objet d’aucun encouragement, par rapport aux sociétés occidentales qui étaient en avance dans ce domaine.

Avec la naissance du géant Tonic emballage, grand récupérateur de carton, papier…entrant dans le processus de fabrication de ses produits, la famille Benghersallah se lance donc dans la récupération de cette matière recherchée, à la fin de l’année 2004, début 2005. Pour local, Smaïn avait un espace abrité de 6 M2 à Békira. En plus du carton, papier…que Tonic venait prendre sur le lieu de dépôt, notre ami Smaïn s’intéressait également au PET (bouteille en plastique d’eau minérale). A l’aide d’une presse balle comme seul équipement, les matières récupérées étaient présentées sous forme de balle d’un poids de 80 à 150 kg, selon la nature et la densité de la matière.

Pour les balles de PET, elles étaient achetées par un particulier de Sétif, qui les exportait à l’étranger (Chine, Turquie). Puis le PET fût utilisé en Algérie, plus précisément à Sétif et Sidi Bel Abbès comme laine pour le rembourrage des couettes, certains vêtements comme isolant contre le froid…).

En 2007, Smaïn s’installe donc à Aïn Smara, sur un terrain loué à un particulier, à proximité de la décharge contrôlée de Constantine. Comme hangar d’entrepôt, il installe des serres en plastique et comme équipement, une presse. Il noue des contacts avec des opérateurs économiques (imprimeries, superettes, gros importateurs de tissu…) qui lui rapportent le carton et le papier sur site. Ainsi que les récupérateurs occasionnels de la décharge qui lui ramènent surtout le plastique, le PET, le verre. Pour ce qui est du carton, de façon moindre puisqu’il est proscrit de l’aire de la décharge pour sa sensibilité au feu et la fumée n’est pas tolérée pour sa nuisance à l’environnement. Même la direction de l’environnement dirige les administrations publiques ou autres institutions publiques ou privés ou de simples particuliers pour se dessaisir de ce type de déchet (archives déclassées, carton…) auprès de Smaïn.

En ce qui concerne le verre, il est récupéré par l’ENAVA d’Oran. Même une usine de limonade de Skikda vend des chargements par semi-remorque de bouteilles cassées et verre, que Smaïn achète et achemine vers l’unité ci-dessus. Pour le verre blanc, il intéresse l’unité verre « VSI » sise à la zone industrielle de Didouche Mourad. Tandis que le verre marron, il est écoulé auprès de certaines unités artisanales de la wilaya de Jijel pour la production de certains articles de vaisselle.

En 2008, dans le cadre de la commémoration du 5 juin, journée de l’environnement, Smaïn fût invité par la direction de l’environnement de Constantine pour assister à la présentation de matériels de récupération et de recyclage par une délégation allemande : présentation à titre indicatif d’une unité complète de tri à partir des déchets ménagers et les unités de transformation de ces déchets…mais sans suite pour l’encouragement à l’investissement dans le recyclage et l’optimisation maximale des décharges dîtes contrôlées et actuellement les CET dans leur durée de vie (voir les contraintes de disponibilité de terrain à Tizi Ouzou, Chlef…pour ces projets de salubrité publique).

Difficultés rencontrées par Smaïn

Les démarches entreprises par son père en 2004 n’ont pas abouti.

En 2007, Smaïn a déposé aussi, un dossier auprès de CALPI de Constantine pour l’attribution d’un terrain, mais sans suite à ce jour. Sans terrain d’assiette, il ne peut asseoir un projet d’avenir. Cette filière nécessite des investissements échelonnés dans le temps pour une amélioration de la récupération et du recyclage, ainsi que de la transformation, et limiter ainsi leur exportation comme actuellement avec les déchets ferreux et non ferreux.

En effet, pour la préservation de nos ressources naturelles, nous devons reconsidérer nos déchets, qu’on doit rentabiliser au mieux (du compost à l’agriculture, à l’acier pour l’industrie…) tout en améliorant notre façon de consommer pour éviter le gaspillage futile.

Souhaits de Smaïn

Acquisition d’un terrain de 1 000 à 10 000 M2 pour un investissement durable à savoir la construction de hangars, l’accès à l’énergie électrique pour l’acquisition d’une presse balle qui développe des balles de 800 kg comme ceux existants au niveau de Tonic emballage, la valorisation du déchet, cas du verre par son broyage à l’aide d’un broyeur…

Smaïn est un jeune motivé, mais sans une aide de l’état en matière de cession d’un terrain, il ne peut espérer progresser dans ces difficultés. Depuis 1988, date à laquelle il a quitté le lycée à la classe de terminale, avec l’aide de son père, il veut se professionnaliser dans ce métier qu’il aime tant par son côté de préservation de l’environnement et pourvoyeur d’emplois car il est arrivé à employer jusqu’à douze (12) jeunes dans les périodes de grande activité.

Constantine, le 29 octobre 2009
Article de Abdelouahab Karaali
dans le cadre d’une contribution citoyenne

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